On savait que le regard de l’Amérique s’était tourné vers la Chine qui lui conteste la primauté, mais on ignorait que l’administration Trump détestait l’Europe à ce point.
Revendication sur le Groenland, insultes, provocations, droits de douane discriminatoires, lâchage de l’Ukraine, soutien aux eurosceptiques, rapprochement avec la Russie, guerre au Moyen-Orient ou mise en cause du Pape auront achevé de convaincre en Europe que les Etats-Unis d’aujourd’hui ne sont plus des alliés mais représentent un vrai danger.
De fait le fossé ne cesse de se creuser entre les deux continents.
Aux actes hostiles, les Européens ont commencé à répondre, à leur vitesse, mais au travers de mesures sans retour.
Déjà la « coalition des volontaires » s’est solidarisée avec la cause ukrainienne sans les Américains. Depuis, 51 pays se sont réunis à Paris le 17 avril pour coordonner leurs réponses au blocus du détroit d’Ormuz. L’OTAN et tous les occidentaux refusent de s’impliquer en Iran. Les 27 Etats membres de l’Union organisent un exercice de défense collective sur la mise en oeuvre de leur clause défense mutuelle (article 42.7 du Traité d’Union européenne) et en débattront à leur prochaine réunion au sommet. Les dépenses de défense de l’Europe se voient gratifiées de crédits européens conséquents assortis d’une préférence européenne. Elles ont progressé de 12% depuis 2022 et de près de 20% depuis 2014. L'Europe sera bientôt en mesure de se défendre seule.
Nombre de décisions concrètes sont désormais prises pour assurer une souveraineté européenne en construction. La saga du F35 toujours plus cher et des missiles Patriot toujours moins disponibles, convainc chaque jour un peu plus de la nécessité d’une indépendance européenne à tel point que la Suisse s’interroge sur ses achats de ces armes.
En matière bancaire et monétaire apparaissent des alternatives européennes aux cartes de crédit américaines et l’euro numérique en préparation sera assurément plus fort que les bitcoins américains.
Les applications de communication et les logiciels des grands acteurs de la tech américaine sont peu à peu bannis des administrations européennes, au niveau national comme au niveau européen. La Commission, qui a interdit Tik Tok et WhatsApp à ses personnels, vient de confier, pour 186 millions € à un consortium de 6 prestataires de l’Union, la mise en place d’un Cloud européen.
L’autonomie de l’Europe se construit. On peut la trouver trop lente ; elle est irréversible. On ne reviendra pas en arrière sur la construction et l’usage de ces outils souverains.
L’omniprésence médiatique d’un président bavard occulte un mouvement profond d’éloignement de l’Europe mais aussi d’isolement des Etats-Unis.
Nul ne s’en réjouira puisqu’avec Trump les Européens auront perdu un ami dans le camp du monde libre. Cette dérive est sans retour et contraint l’Europe, chaque un peu plus, à bâtir son indépendance.